Et quelle claque mes aïeux ! Après une intro de quelques notes de guitare sèche, je me suis dit, bon, pas terrible, on va vite zapper, mais je n'avais pas encore entendu la guitare électrique littéralement tomber sur la guitare sèche, brutalement, boum, comme un pavé qui s'écrase sur un sol boueux.

Quelques dizaines de minutes plus loin, après m'être arrêté de faire quoi que ce soit et avoir écouté cet album sans bouger dans son intégralité (faut dire aussi que je n'avais pas grand chose à foutre hormis m'occuper de moi-même), je sortais lessivé de l'expérience et je me demandais à quoi ça m'avait tant fait penser. Et j'ai trouvé : Seventeen Seconds, de Cure. Un album vide, gris, fatigué, tellement fatigué, plein de néant et d'existentialisme, avec quand même une grande colère, typique de la noirceur des nineties débutantes, sous le haut patronage de Nirvana et consorts.

Quelques jours après, je me souviens d'une chronique dans Libé d'une pleine page, où le mec comparait lui aussi l'album à Seventeen Seconds, et puis partout : dans les Inrockuptibles, dans les fanzines, un gros buzz, un élan d'amour et d'enthousiasme comme on en connaissait assez peu à l'époque et comme on en connaît aujourd'hui sans arrêt, parce que les journaleux cherchent la sensation partout et nous font croire que toutes les merdes à la Coldplay sont des albums fantastiques.

Avec "...well ?" (ah, quel titre !), là au moins on peut parler de tristesse, il n'y a rien là-dedans de prémédité, de calculé, pas d'image, pas de désir, pas de futur.

Il y a pourtant eu un futur pour Swell, puisqu'ils ont encore sorti 5 ou 6 albums, aucun n'atteignant la force du premier, mais tous réussis. Je me souviens d'un concert au Passage du Nord-Ouest, quelques semaines plus tard, concert où j'avais pu interviewer le batteur pendant qu'il mangeait son sandwiche, il m'avait offert leur fanzine que j'ai toujours, un type adorable. Le chanteur, lui, c'était un mec blond aux cheveux longs, et il était surfeur, oui, un vrai surfeur Californien (le groupe venait de San Francisco), mais un surfeur déprimé, qui surfait parce qu'il aimait le surf et pas parce qu'il cherchait à frimer.

Bref, tout était original et unique chez eux, et aujourd'hui j'ai été pris d'une folle envie de vérifier si cet album avait conservé son pouvoir, plus de quinze après. Et oui, je vous le confirme, il l'a conservé, et il m'a foutu l'âme à l'envers et épuisé mes larmes.

Voici en écoute le premier et le dernier morceau (en exceptant la plage de bruits ambiants du début de 40 secondes, et de la fin d'un bon quart d'heure).

At Long Last :

Suicide Machine :