Ce matin, il faisait un froid glacial. Alors pour me réchauffer sur le quai en attendant le train, j'ai écouté les Peel Sessions des Slits. Comme tout le monde se ruait sur le wagon de seconde, moi je suis monté en première, j'ai traversé le wagon et je me suis assis côté seconde classe. En 2007 on a encore des classes, pas mal pour une société égalitaire. A côté de moi s'est assise une nana en tenue de soirée avec des gants, bas résille, petit chemisier dentelles, écharpe en fourrure, etc. Elle a ouvert un bouquin 3 fois qu'elle a refermé, ça avait l'air de la faire chier. Elle avait l'air con de toutes façons, toute peinturlurée, bronzée la lampe solaire, beurk.
Moi j'ai cherché quoi écouter après les Slits, j'ai essayé divers trucs et puis comme j'avais envie d'un machin plus ou moins destroy j'ai écouté l'intégrale des MP3 de Cheveu. J'ai lu distraitement mon bouquin, "Tous Zanzibar", un classique de la S.F, mais je m'interrompais souvent pour regarder le paysage, de belles usines et zones industrielles, avec parfois un bosquet vert et un pavillon cage- -lapin. Et puis en approchant de la capitale, de plus en plus d'immeubles et de cités. A un moment, un mec a fait une blague dans le train avec le haut-parleur, mais je ne l'ai compris que 5 mn après quand le conducteur s'est excusé en parlant de sa "blague fantastique" (normal, je n'entendais rien avec mon casque, j'ai peut-être loupé un truc très drôle, quoique personne n'ait rit semble t-il).

A Paris, j'ai attendu 5 mn que tout le monde soit descendu pour ne pas rester au milieu de la foule, puis j'ai pris le chemin du métro, tranquillement, règle d'or : ne jamais courir. Je suis monté dans un métro archi-bondé mais j'ai eu la chance d'avoir une place assise au centre. En face de moi une dame la soixantaine, cheveux teints, qui avait dû être très jolie dans sa jeunesse. A côté, une jeune nana aux yeux tristes et l'air fatigué, chemisier blanc échancré, petit gilet bleu foncé sans boutons et par dessus veste en treillis pas vraiment originaire d'un surplus miliaire mais sans doute payée très cher, pantalon rayé noir et blanc, je n'ai pas vu ses pompes. Très mignonne, 18 / 19 ans, encore une que je ne me ferai jamais (désolé mesdames j'avoue, je suis un mec et les mecs ne pensent qu' ça, c'est pas du machisme et moi devant des yeux comme ça je perds mes moyens).
J'ai alors écouté ce fabuleux album de Chicks On Speed & The NoHeads, de l'electro-punk expérimentale assez glauque mais rythmée, j'adore. Je regardais les gens entassés les uns sur les autres, certains essayant de lire "20 minutes" d'une main, l'autre cramponnée quelque part, l'air de rien, on sentait qu'ils transpiraient, certains fermant les yeux pour penser autre chose, d'autre comme cette petite portuguaise en train d'étouffer entre deux grands et fgros mecs aux gueules et looks de comptables. J'ai essayé de les imaginer tous morts, plein de cadavres debout, j'y suis arrivé assez bien et c'était curieux comme sensation avec cette putain de zik en même temps, j'avais envie de rire.

Après je me suis imaginé mort moi aussi mais j'étais arrivé au terminus, alors je me suis concentré sur ma sortie parce qu'il a fallu bousculer toutes ces chairs flasques encombrées et entassées. Dehors il faisait froid, et dans la rue piétonne que je traverse tous les matins, j'ai regardé les pieds des gens pour me faire une idée de la fréquence de la hauteur des pantalons, et en fait il y avait de tout, avec ou sans ourlets, la fois des jeans mode 1980 assez hauts et la version actuelle tout déchiré sur lesquels on marche moitié. J'ai pas pu écouter la fin de l'album, car je suis arrivé au boulot.